
J’ai été accueilli en début d’année par l’indispensable chaîne de Un Monde de Jeux pour une discussion autour de mon bilan ludique 2025 et de mes perspectives 2026 (et plus si affinité)
Un exercice de style que j’aime bien, parce qu’il m’oblige, finalement à prendre du recul par rapport à une activité qui a tendance à tous nous mettre un peu le nez dans le guidon.
Cette discussion a été captée ici
Mais je reste très attaché à l’écrit. Alors j’ai décidé de retranscrire / compléter mes propos ici sur mon site en revenant sur chacun des documents que j’avais préparés pour l’occasion.

Commençons par les publications de l’année
On peut les regrouper en trois catégories distinctes:
- Des jeux déjà publiés il y a plus ou moins longtemps et qui se voient offrir une seconde vie
- Des extensions pour des jeux toujours présents sur les étals des boutqiues
- Des « vraies » nouveautés
Concernant les secondes chances, j’avoue que je me demande toujours si ça a vraiment un intérêt.
L’actualité ludique est de toute façon hyper riche, avec des jeux de qualité, et en même temps… tout va tellement vite, le public des joueurs a tellement changé, avec une culture ludique qui, bien souvent ne date que de quelques années (depuis le covid en gros) que des jeux publiés il y a 10 ans sont totalement inconnus de la plupart et peuvent avoir un vrai intérêt. Toujours est il qu’en tant qu’auteur qui continue à aimer ses jeux longtemps après leur première publication, c’est toujours un vrai plaisir de tenter de les remettre sur le d’avant de la scène.
Au sein de cette famille, les situations sont vraiment différentes:

– Pour Cyclades, il s’agit d’aller au bout d’une histoire d’amitié entre Hicham, l’éditeur initial de Cyclades alors chez Matagot, et qui maintenant est aux commandes de studio H. Il était important pour Ludo et moi d’aller au bout de l’histoire avec celui qui nous savait fait confiance depuis le début. Cette édition, qui se veut une sorte de « designer’s cut », c’est à dire en ne gardant que ce qui pour nous est le meilleur de tout ce qu’on avait précédemment dans Cyclades, avec quelques modifications et ajouts pour dynamiser encore le jeu, est tout simplement somptueuse. Sur une table, ça en jette grave. Et l’experience ludique est à la hauteur. Merci Hicham pour ce petit (ou plutôt gros, si j’en juge par la taille de la boite) bijou.

– Concernant Kingdomino, c’est un peu différent. Le jeu continue à se vendre. Mais les ventes diminuent, et l’éditeur a pensé que c’était le moment de « refaire les peintures », un peu comme quand on vut dans un appartement depuis des années et qu’on a envie d’un peu de fraîcheur. C’et Pauline Detraz qui a été pressentie pour ce nouvel habillage, avec une volonté de proposer un style peut être plus orienté vers la clientèle des GSS. Autant j’ai, je pense, un oeil et une expertise vis à vis de la vente en boutique spécialisée, autant j’avoue volontiers que ce domaine m’est plus étranger. Bref, Pauline a fait du chouette travail (particulièrement sur les tuiles dominos – je suis beaucoup plus mitigé sur le visuel de couverture, que je trouve un peu faiblard par rapport au reste du matériel) et j’espère que ça permettra de redonner un petit coup de boost à ce jeu qui me semble toujours au top pour son public cible.

– Haru Ichiban, c’est l’histoire d’une rencontre avec un éditeur atypique, Offline Editions, qui a offert à mon petit jeu abstrait un véritable écrin en pls porté par les illustrations de Vincent Dutrait. Un jeu dont on entend pas beaucoup parlé, mais qui fait son petit bonhomme de chemin malgré tout. Le volume de ventes est tout à fait raisonnable, surtout pour un éditeur qui ne travaille quasi que sur l’hexagone.

– Drôles de Zèbres, c’est encore autre chose. Un jeu plus exploité depuis longtemps. Mais qu’auquel je tiens beaucoup. Aussi parce qu’on y tellement joué avec Serge Laget (il était redoutable, vraiment). Tant qu’à lui donner une seconde vie, autant que cela serve à quelque chose.
Du coup, opération en deux temps:
> tout d’abord l’été dernier, mis en place d’un PDF pour se procurer le jeu en Print & Play en cadeau à ceux qui avaient décidé de financer le nouveau festival de Montreal en financement participatif
> et puis maintenant ce PDF en print & play est présent sur la boutique de un monde de jeu à un prix très raisonnable (5 euros). Ce qui est là aussi avant tout une façon de soutenir la chaine à peu de frais en l’échange d’un petit quelque chose.
Vous pouvez d’ailleurs vous procurer ce PDF ici !

– Pour Mission Planète Rouge, c’est l’éditeur qui est venu vers nous. J’avoue que ça m’a surpris car le jeu avait déjà eu… deux belles vies différentes. Chez Asmodee tout d’abord, puis chez FFG ensuite, dans une version déjà retravaillée. J’ai partagé mes inquiétudes au moment où on est venus vers nous. Car je me sens toujours impliqué par la réussite ou l’échec d’une édition. Je n’aurai pas eu envie que l’éditeur perde de l’argent en s’enlaçant dans une Enterprise trop risquée. Pour être franc aussi, j’aurai aimé qu’on aille plus loin sur cette nouvelle version. MPR est un jeu qui date et qui comporte une partie d’aléatoire aujourd’hui trop violente pour mes goûts, à cause des événements se déclenchant au moment du 3eme et dernier décompte, celui où tous les points sont multipliés par 3. Mon goût de joueur aujourd’hui s’accommode peu avec un événement finalement aléatoire pouvant me priver d’un tiers de mes points de victoire. J’aurai donc aimé adoucir ce point là. Mais nous sommes deux auteurs, et mon compagnon de route ne partage pas du tout ce sentiment. On est donc restés sur un statu quo, à savoir rester sur la version FFG, qui avait un peu diminué les effets chaotiques. Sur cette nouvelle version, très joliment réalisée par Matagot, la seule véritable nouveauté est le plateau modulaire, qui permet de jouer 4 configurations topologiques différentes.

En ce qui concerne les extensions: Elles appartiennent tous à la catégorie des « mini-textensions sou forme de booster », qui est très en vogue actuellement.
Il faut dire que ce format combine pas mal d’avantages:
– pas de boite cloche, donc un prix moins élevé
– pas de boite cloche, donc aucun matériel à jeter une fois l’extension ouverte et intégrée à la boite de base
– un contenu certes peu abondant, mais… aux effets sur l’expérience de jeu réellement impactants
Bref, chacune de ces mini extensions est la démonstration qu’avec peu, on peut faire beaucoup.
J’adore cet exercice de style. Et 2026 verra d’autres projets de ce genre sur certains de mes jeux 😉

Gatsby est une de mes 3 « vraies » nouveautés 2025.
Un jeu à deux, tendu, cérébral, facile à prendre en main, mais dans lequel chaque décision est à peser avec soin. L’occasion de retrouver mon compère Ludovic Maublanc au niveau de la conception, et Christine Alcouffe aux pinceaux.
La réalisation est vraiment au top, Catch Up démontrant une fois de plus que sur ce plan, il font partie des top éditeurs. (Faraway, Château Combo, Sobek 2 joueurs, Orichalque… on peut apprécier plus ou moins l’expérience de jeu proposée par chacun de ces jeux selon ses propres goûts. Mais à chaque fois, l’édition est tout simplement remarquable. Parfaite même. Je suis suffisamment critique sur ce point pour le signaler aussi quand c’est réussi)

Légions est pur jeu d’affrontement à deux dans l’univers d’Abyss. Occasion pour moi de saluer ici l’engament de Bombyx à soutenir, année après année, toute la gamme Abyss. Là où bien d’autres se seraient arrêtés beaucoup plus tôt. Pour un auteur, faire un bout de chemin avec un éditeur qui s’engage dans la durée, c’est bien plus agréable que lorsque tu es chez quelqu’un qui sort 12 nouveautés (voir plus ) par an, et chez qui une nouveauté chasse l’autre. Très fier de ce jeu, très heureux de sa réalisation graphique (avec un petit bémol sur certaines icônes, tout particulièrement les bannières, qui auraient méritées d’apparaître de façon bcp plus tranchée. Mon conseil: munissez vous de quelques cubes à placer sur ces icônes lorsqu’elles sont visibles sur les éléments de jeu, afin de ne pas risquer une défaite simplement parce que vous n’aviez pas assez bien vu)

Cette version de Célestia se joue en duo. C’est à dire en coopération contre le jeu. Avec une communications limitée et donc la nécessité de réussir à se comprendre, se faire confiance. Il en résulte une atmosphère particulière et particulièrement tendue, avec de grands sourires lorsque l’on a le sentiment de se comprendre sans un mot.
Au final, mes 3 véritables nouveautés de l’année sont 3 jeux pour deux joueurs. Ils sont arrivés en plus lors d’une année au cours de laquelle le nombre de jeux à deux publiés de ci de là a véritablement explosé. Avec en plus de très très bon jeux. Je ne cirerai pour l’exemple que Zénith, Duel for Cardia, ou le génial Toy Battle.
Les 3 concurrents cités ci-dessus ont sans aucun doute eu plus de retours, et meilleure presse que les 3 miens. Mais il n’empêche que les miens ont quand même réussi à tirer leur épingle du jeu, et ont trouvé (et trouvent encore) leur public.
Côté éditorial sur 2025, c’est donc un bilan pour moi super satisfaisant. Aucune déception par rapport à mes attentes. Et de chouettes réussites. Avec un accueil de la seconde extension de SSP clairement au dessus de mes attentes.

